« Le Vieux qui Lisait des Romans d’Amour » Luis Sepùlveda Editions Suite Métaillé 2004

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Dans sa première œuvre « Le vieux qui lisait des romans d’Amour » , Luis Sepulveda, choisit le décor de l’Amazonie, en plein Équateur, pour nous raconter l’histoire de Antonio José Bolivar, fuyant sa terre natale et les quolibets, pour  la stérilité du couple qu’il forme avec Dolores Encarnacion del Santisimo, qui décèdera un peu après leur départ. Dans son exil il est adopté par les indiens Shuars qui le forment à l’art de vivre  en harmonie avec la nature.  A la beauté du paysage amazonien en arrière plan, c’est le tiers monde sud américain, dans sa culture et son esprit qui s’offre à nous. Idée renforcée par ce maire,« la limace« , pseudo représentant « d’un pouvoir trop lointain pour inspirer la crainte »(23), ou encore cette discussion entre chasseurs, autour de la lointaine Venise, tellement en décalage qu’ils en deviennent drôles (108).

C ‘est dans cette atmosphère que l’on découvre le cadavre d’un chasseur Gringo (américain), qui selon Antonio josé Bolivar et preuves à l’appui, serait l’œuvre d’un jaguar. Le gringo, semble-t-il, aurait tué le mâle et les petits de la bête (29).

Mais à coté de ses talents de « profiler » des tropiques, fondés sur sa parfaite connaissance de la forêt,  Antonio Bolivar, à une qualité insoupçonnée qui contraste avec son  personnage. Dans cet océan d’analphabètes, lui sait lire. Même s’ il ne « lit que lentement en épelant les syllabes » (35) , et en ne sachant pas écrire. Toutefois, Antonio, ne lit que des romans d’amour.  De ces livres  avec des gens qui s’aiment, souffrent, avant de finir en « happy end ».

Puis vient cette battue, après d’autres victimes du fauve. Antonio est contraint d’y participer, pire, le maire et les autres chasseurs lui abandonnent l’expédition, sous prétexte d’aller protéger le village. S’engage alors d’abord un jeu de piste, avec une quasi personnification de la bête par l’auteur. Antonio comprend alors, qu’il est entrainé vers un endroit précis. Pour se rendre compte enfin, que le jaguar essayait de le mener vers son mâle, touché et agonisant, ceci pour en abréger les souffrances. Ensuite, et par peur de solitude, la bête décide « de se faire suicider » par le canon d’Antonio, qui  même avec cette victoire à l’arrachée, n’en retire que de l’amertume.

Ce livre est un concentré de thèmes qui au delà des questions de la déforestation en Amazonie, de la colonisation, des sociétés primaires d’Amérique du sud, touchent à des sujets qui intéressent l’humanité. L’auteur y aborde la question de l’exil, de l’échec qui pourrait en découler, de l’intégration des étrangers, de la lecture comme moyen de développement de l’imaginaire. Il y est également question d’amour, même si le sujet reste marginale, en déphasage avec le titre du livre. L’Amour dont parle ici l’auteur, celui qui fait souffrir, est semble-t-il le vrai. Réveillant ce masochisme inavouable qui sommeille en chacun de nous, en échos à ces paroles de Charles Nodier, in « Smarra« : il y a dans le cœur d’une personne  qui commence à aimer , un immense besoin de souffrir. »

Georges Lohoré

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Elisabeth Badinter « Le conflit, la femme et la mère » Flammarion 2010

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Dans cette œuvre, Élisabeth Badinter plante le décor, déjà à travers le titre en mettant  en   opposition deux termes qui désignent  les deux faces d’une même entité: la femme moderne. Sur la base d’observations menées des années 80 aux années 2000, deux constats s’imposent: l’évolution du statut de la femme,et sa difficulté à concilier vie de mère, et vie professionnelle.

Les mutations entraîner par le féminisme, son  accès au monde du travail, la généralisation de la contraception, aboutissent à une révolution du concept de maternité. De la maternité d’instinct de reproduction pour la survie de l’espèce, en passant par le devoir religieux et la pression familiale, sociale, nous en sommes arrivés à la « maternité du désir » dans son sens hédoniste, résultant de l’époque du « moi d’abord »(24), où nous vivons.

Aujourd’hui et à la différence du traditionalisme, la maternité n’est plus l’unique moyen de l’accomplissement de la  femme. Une vie professionnelle dynamique et réussie  est une alternative à valoriser. Se pose alors la question du modèle à suivre? Surtout que la venue d’un enfant implique pour celles qui  croient le choisir, des sacrifices insoupçonnés: »devoir vivre avec un bébé, c’est comme vivre toute la journée et tous les jours en compagnie exclusive d’un incontinent ». On comprend alors pourquoi de nombreuses femmes deviennent des « childfree, à blâmer » ou d’autres celles, à  qui la vie n’a pas sourit, se résignent à être « les fruits secs, à plaindre » (223)

Avant de concilier vie professionnelle et vie de mère, l’ajustement des variables que sont les longues études, l’accès à un emploi stable, la présence d’un partenaire crédible, etc…, ne sont pas sans retarder l’âge de l’accession à la maternité autour de 30 ans, quand  sonne l’horloge biologique vers 35-40 ans.

Pour celles en couple, qui  font le choix de la maternité, bien que la complémentarité au niveau des tâches de la maisonnée soit proclamée, la permanence de la séparation des rôles sociaux, s’accompagne d’une persistance des tâches ménagères pour les femmes, en plus du travail salarié « assurant ainsi une double journée, à se demander si au bout du compte elles ne sont pas perdantes sur les deux fronts » (161)

Même si l’importance de la maternité est reconnue par les politiques, de par son impacte dans l’équilibre démographique et économique (payement des retraites, population active, pérennité de la nation), E. Badinter constate une absence de réelle politique pro nataliste. Toute la  difficulté à avoir une place en crèche en est l’exemple le plus éloquent.

E. Badinter à travers ce livre a la mérite de  poser de façon lucide, voir un peu amère une question: quel modèle idéal pour la femme actuelle? naufragée de l’ère moderne,  charriée entre maternité et vie professionnelle, vie de couple et vie de mère. Elle fait également référence à la question de l’accouchement et à  ses sujets alentours (péridurale, accouchement naturel, à domicile, allaitement etc….). Ce livre même s’il ne donne pas de solutions miracles, met sur la table ce qui existe réellement, au risque parfois de choquer. Bien que son style simple, le rende digeste, la profusion d’exemples et de statistiques en alourdissent un peu la lecture.

Mais quoique l’on puisse en penser « avoir un enfant reste la plus importante réalisation de la femme… » (175), peut être à un degré moindre de l’homme,et une fabuleuse aventure que l’on aurait tort de ne pas avoir vécu, si la nature généreuse, et la volonté qui crée les circonstances sont réunies.

Georges Lohoré

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Le Parfum: « Patrick süskind, Fayard 1986″

Le « Parfum » est une oeuvre de Patrick Süskind, qui nous raconte la vie de Jean Baptiste Grenouille né dans ce Paris  du 18eme siècle au milieu d’un étale de poissons. Peut après sa naissance sa mère qui se débarrasse du nourrisson est guillotinée. Les débuts difficiles dans la vie de cet enfant né « sans odeur », se confirme quand, il est présenté comme l’enfant du diable, a raison plus qu’à tort. Et tous ce qui se débarrassent de lui, finissent de façon tragique (Mme Gaillard, Grimal, Baldini).

Grenouille, sans odeur, a par contre un nez, capable de détecter à des kilomètres la moindre odeur: » a six ans, il avait déjà explorer olfactivement le monde qui l’entourait ». Par ce don  et à force de volonté,  il se fait embauché comme apprenti  parfumeur, convaincu que seul la création de parfums donnera un sens à sa vie. Il apprend les techniques et les subtilités du métier, nous faisant assister à un véritable cours magistral de physique-chimie: « le parfum vit dans le temps, il a une jeunesse, une maturité et une vieillesse. Et ce n’est que s’il sent bon à ces trois âges qu’on peu dire qu’il est réussi. » P 71.  Là, tel  le  musicien répétant ses gammes avant de composer, il s’approprie  les bases du métier, séparant  les odeurs avec minutie , avant de les mélanger pour donner naissance au principe du parfum. Tout à une odeur y compris les êtres humains, pour qui  le meurtre est le moyen d’en capter les effluves.

Grasse, capitale du parfum devient pour lui le passage obligé. Commence alors son voyage   à travers les routes de France où  l’auteur nous  fait partager la beauté de la campagne et la finesse des senteurs, y compris celles insoupçonnées des éléments de la nature (terre, mer, eau, sable, etc).  Puis vient l’arrêt de sept ans,  dans les montagnes d’Auvergne. Au symbolisme de la montagne, s’ajoute celui du nombre d’années passées , pour lui permettre enfin de prendre conscience de lui même: « son absence d’odeur ».  A quoi nous renvoie, le fait que grenouille qui sent toutes les odeurs  est incapable de sentir la sienne? Question centrale!

Puis vient cette halte  à Montpellier. Devenu curiosité scientifique, on croit par son aspect d’ermite avoir découvert un  spécimen, fruit de la  concentration du « fluidum letale tellurique », théorie d’un pseudo savant.  A l’exposition dont il est l’objet, il ensorcelle  la foule, grâce au parfum confectionné pour l’occasion.

Arrivé à  Grasse, il se fait embaucher chez un parfumeur. Il repère alors le parfum suprême, celui de la fille d’un notable de la ville qu’il se promet de prendre. S’ensuit une série de meurtres de jeunes filles pour entrainement. Nul n’échappe à son destin, y compris Laure Ricchis, dont la beauté fait l’unanimité, et que son père, seul à avoir  saisi le but suprême de Grenouille tente de lui  soustraire par diversion. Grenouille réussit à accomplir son dessein  mais finit par être arrêté.

Au moment de son exécution il s’asperge du parfum de Laure, celui  là qui  inspire l’amour.  Tous, sont en admiration et succombent à la sympathie subite qu’inspire l’homme.  Son exécution  se transforme en une mystérieuse orgie.

Libéré, son œuvre suprême accomplie, il part à Paris où il décide de mourir. S’aspergeant une dernière fois du parfum de Laure Ricchis, dans un geste suicidaire, la foule aux alentours se jette sur lui dans un élan de cannibalisme inexpliqué.

Patrick Süskind à travers  » Le Parfum »,au delà de l’ignoble personnage de Grenouille, réussit à faire passer certaines valeurs, l’abnégation, la force de l’apprentissage et du travail, la patience, la discrétion. L’esprit de Grenouille est un esprit politique, la fin justifiant toujours les moyens. Rejoignons l’auteur p. 242, pour dire « Je te remercie, je te remercie jean Baptiste Grenouille d’être tel que tu es »,  de nous prévenir de la nature humaine, dans ce qu’elle peut avoir  à la fois de si innocent et de si de fourbe.

Georges Lohoré


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« Le fait du prince Amelie Nothomb » Albin Michel 2008

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« Le fait du prince » de A. Nothomb, commence par une discussion tout aussi prémonitoire, qu’insolite entre, Baptiste Bordave, et un invité au cours d’une soirée. Dans  la discussion, son interlocuteur aborde l’étonnante question du comportement à adopter « si un invité meurt inopinément chez vous ». Il conseille de ne pas appeler la police, mais un taxi, « On considéra alors que l’invité est mort durant son transfert à l’hôpital ». Sinon vous êtes suspect!

Le lendemain quelqu’un sonne à son appartement . L’inconnu demande à se servir du téléphone, pour une panne. Soudain, foudroyé par une crise cardiaque, il meurt. Lui  revient alors, la curieuse conversation  de la veille.  Au lieu d’appeler la police, il abandonne le mort et prend son identité . Désormais il est  Olaf Sildur, suédois vivant à Paris. Il  se rend au domicile de cet « autre lui« . Il découvre un luxe froid et sa compagne, qui  l’installe sans problème. Commence une cohabitation des plus troublantes, véritable hymne à la paresse » dormir n’importe quand est encore mieux que manger entre les repas ». Leur vie est  ponctuée d’interminables  dégustations de champagne:« elle ouvrit une porte. je vis une piscine  de trente centimètres environ de profondeur, vaste emplie d’une eau encombrée de glaçons, d’où dépassaient des goulots de bouteilles de champagne à n’en plus finir. P 48.

Même en ayant pris place dans l’univers  d’Olaf sildur, notre héros n’arrive pas à entré complètement dans sa peau.  De lui il sait peu de choses. Surtout pas son métier et le nom de sa compagne. Peut être agent secret? Le vent va tourner. Sigrid, comme  il la baptise  est prévenue de la mort de son mari. Baptiste nie et propose à Sigrid de l’accompagner dans sa cavale. Dans le coffre-fort, il se sert abondamment. D’instinct, il s’enfuit en suède. Il y  investit dans  d’art et mène une vie paisible, jusqu’à ce que sa bourse s’amenuise. Ne s’en inquiétant  pas outre mesure, il se dit , »Sigrid et moi nous reproduisons  à l’échelle individuelle la logique économique des pays les plus puissants de la planète. Notre dette publique nous indifférait. C’était le fait du prince » P 145.

Dans cette œuvre, A. Nothomb, nous fait partager la vie d’un usurpateur d’identité qui , échappe désormais aux contraintes auxquelles nous sommes tous soumis: mondanités, pression professionnelle, sociales, factures. Elle y met côte à côte, luxe, oisiveté et usurpation d’identité, qui dans cette œuvre se marient allègrement.

Georges Lohoré

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Amélie Nothomb: »Une forme de Vie » Albin Michel 2010

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Amélie Nothomb, dans « une Forme de Vie » entre fiction et réalité, fait une incursion dans l’actualité, grâce à  l’univers de l’armée américaine en Irak, pour aborder la question de l’obésité. C’est un sujet déjà traité dans « Hygiène de l’Assassin » avec le personnage de Prétextat Tach. Cette fois, il s’agit de Melvin Mapple, devenu militaire, par dépit.

Cette œuvre est faite  de correspondances entre les  protagonistes. Amélie hésitante au début,  finit par prendre goût à cette relation. Les lettres de Melvin permettent de décrypter les railleries, la stigmatisation, la culpabilité que l’on fait peser sur personnes obèses: « Notre obésité constitue un formidable et spectaculaire acte de sabotage. Nous coûtons cher à l’armée….Nous mangeons en quantité si effarantes que l’addition doit être salée » P 42. On entrevoit aussi, la psychologie de ces personnes , pour qui « de toutes les drogues la  bouffe est la plus nocive et la plus addictive ».

Face à  ce mal-être, Melvin s’est inventé  « Schéhérazade », compagne fictive qui n’est autre que sa graisse. De façon brève et marquée, Nothomb, aborde le revers de la médaille de la célébrité, faite parfois d’une inconvenante familiarité, de demandes farfelues et de sollicitations financières des lecteurs: « J’ai déjà reçu des lettres d’individus me demandant de les recommander auprès de Mauresno, de Sharon Stone… »P 99

S’agissant de Melvin Mapple il disparaîtra lorsque Nothomb va lui demander sa photo en tenue militaire, laissant ainsi éclater  la vérité au bout de recherches: Melvin n’est jamais parti en Irak. Nonobstant, Amélie décide se rendre aux USA, pour le rencontrer. Mais dans l’avion, elle est hésitante, au point de vouloir  se faire passer pour une terroriste, pour éviter ce correspondant mythomane.

Dans un exercice d’équilibriste, A.Nothomb nous raconte cette histoire, mélange incohérent entre GI’S et obésité, faussant le jeu de la vraisemblance. Peut être est-ce, par l’armée américaine, le moyen de donner plus de lisibilité à l’obésité, qui en occident, devient une question de santé publique.

Georges. Lohoré.

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Christophe Rocancourt: Moi Christophe Rocancourt, Orphelin,Play-Boy et Taulard « Michel Lafon 2002″

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Dans ce livre autobiographique, Christophe Rocancourt  nous raconte  l’ histoire de sa vie qui ressemble à celle de Jean Baptiste Grenouille, du Parfum de Suskind. D’ailleurs ils naissent à un jour d’intervalle. Grenouille naît le 17 juillet 1738 à paris, Rocancourt lui naît le 16 juillet 1967 à Honfleur. Rocancourt à la différence de Grenouille est un personnage réel.  L’enfance de Rocancourt est marquée par le tumulte à la maison, avec une mère qui se prostitue devant un père rongé par l’alcoolisme.  « Les dissonances non résolues entre le caractère et les idées des parents, se perpétuent dans l’être de l’enfant et font l’histoire de sa souffrance intime » « Nietzsche ». Ces paroles il se les approprie et seront plus tard,  l’occasion d’une revanche sur la vie. Rocancourt passera alors de l’orphelinat, aux nuits sur les bancs de métro, pour un jour rejoindre le gratin parisien. Au gré des situations, Rocancourt entre dans un rôle,  entre usurpations d’identité et escroquerie, il finira par s’exiler au États-Unis. Réalisateur-acteur du film qu’est sa vie, il développe la confiance en soi , le charisme, son bagout, densifie sa culture, entretient son apparence, pour ainsi avoir accès à la haute société et du succès auprès des femmes. Il s’emploie à maîtriser l’œuvre de Nietzsche, autant qu’il maîtrise la bible depuis l’enfance. De cette période il lui reste la foi en Dieu. Mais cette foi exaltée, contraste avec la vie qu’il mène:  » L’être humain n’est-il pas un ensemble de contradictions? » Rocancourt n’y déroge pas avec les pieds dans la banlieue, son origine, et la tête dans la  jet set. Réaliste, il sait » qu’on flambe facilement l’argent facile, et qu’on dépense avec discrétion l’argent acquis discrètement. »

Même si l’ascension  Rocancourienne peut être répréhensible au vue de la morale, il convient de saluer ce parcourt. De cette enfance déshéritée, au gotha, peu de gens peuvent  prétendre avoir vécu  autant de vies, en une seule.

Georges Lohoré.

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A LA COUR DU ROI MOBUTU, PIERRE JANSSEN, EDITION MICHEL LAFON 1997

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A la bibliographie de Mobutu de l’ex Zaïre, actuel Congo Démocratique, déjà bien fournie, Pierre Janssen, beau fils du Président Mobutu, ajoute cette œuvre pleine de révélations. Dans ce livre, l’on franchit allègrement la frontière entre vie privée et vie publique. On y découvre un Mobutu, seul « de cette solitude du chef », mais aussi impuissant dans les affaires privées, incapable de sanctionner ses collaborateurs, même à son apogée. Impuissant aussi dans la sphère privée, devant la mort de deux de ses fils.

Côté politique, Pierre Janssen remet à l’ordre du jour le sempiternel débat sur la démocratie, sorte de panacée politique, que l’Afrique a encore du mal a s’approprier. Sur ce continent africain où « le réflexe identitaire », comme l’appelle Jean François Bayard in « l’Illusion identitaire » supplante toute l’offre politique, aussi alléchante soit-elle.  A se demander si la longévité politique du Président Mobutu du Zaïre, n’est pas plus la résultante de l’âme politique de l’Afrique. « L’Afrique Noire est mal partie », disait R. Dumont au début des années 60, Pierre Janssen dans ce livre témoignage sur Mobutu, rejoint cette opinion du célèbre agronome.  A voir les potentialités économiques,  qui sont l’objet de choix douteux dans leur exploitation, ainsi qu’une gestion approximative de la chose publique par les dirigeants,aboutissant ainsi  à une extrême paupérisation des populations.

Ce qui reste à retenir de cette œuvre littéraire, c’est la sympathie que l’on se surprend à avoir pour le Président Mobutu, en partageant son intimité à travers Janssen, surtout ce soir où, » alors que tous les autres chefs d’État s’étaient arrangés pour dîner les uns avec les autres dans les grands restaurants de Manhattan, lors d’une Assemblée Générale de l’ONU,  le Président était seul,  avec son épouse devant la télévision »…. Marquant ainsi, le début de la chute de l’un des  africains les plus puissants  de sa génération.

Georges. Lohoré

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